Vin d’importation privée et commerce en ligne

La plupart des petites moyennes entreprises (PME) subiront d’importantes pertes financières, causées par la crise de la COVID-19. Les agences spécialisées en importation de vins et spiritueux n’y échapperont pas. En effet, il est fort à parier que si les secteurs de l’hébergement et de la restauration sont parmi les plus touchés, les conséquences seront fatales pour plusieurs de ces agences, et ce, malgré l’aide promise par les différents paliers de gouvernement. Cette situation malheureuse nous invite donc à nous pencher sur les différents moyens qui pourraient permettre d’éviter qu’une telle situation se reproduise.

Pensons tout d’abord aux canaux numériques, qui semblent être une solution prometteuse pour faire face à ce type de crise. En effet, qui ne voudrait pas ces derniers jours profiter d’un service accessible en ligne, de livraison à domicile de vins et de spiritueux? Les longues files d’attente que l’on peut récemment observer devant les succursales de la SAQ confirment l’engouement pour ce type de produit. Comme l’a si bien souligné Marie-Claude Lortie dans son récent article, les ventes en ligne pour les vins et spiritueux ont explosé depuis le début de la période de confinement et la SAQ vit actuellement un achalandage équivalent à la période des fêtes. Toutefois, le modèle de livraison pour les transactions effectuées à distance proposé par la société d’État n’est pas en ligne avec les directives actuelles de santé publique du gouvernement.
On s’explique alors difficilement que les agences n’aient pas tenté de saisir la balle au bond et de profiter de cette opportunité sans précédent. Les raisons sont simples. Les restrictions imposées aux agences dans la distribution de leurs produits leur en empêchent.

Notre implication accrue au sein de cette industrie au cours des dernières années nous ont permis d’observer ce que nous croyons être les principales raisons qui expliquent, selon nous, le retard pris par les agences par rapport à l’offre en ligne de commandes privées.

L’obligation de vendre en caisse

Il n’est présentement pas possible pour les agents de vendre leur produit à l’unité ou encore en caisses mixtes. Les caisses se vendent par 12, à l’exception de tains produits plus haut de gamme qui peuvent se vendre en caisse de 6 ou de 3. Les producteurs sont souvent réticents à supporter la charge que requiert la vente de plus petites caisses, et ce, pour répondre aux contraintes spécifiques de notre réalité provinciale.

De plus, le modèle tarifaire de la SAQ implique qu’il y ait des frais de traitement unitaire par caisse. Donc plus les caisses sont petites, et que le nombre de caisse transigé est élevé, plus ces frais sont importants. Ces frais sont donc reflétés dans les coûts des produits, et par conséquent, leurs prix sont moins compétitifs. C’est d’ailleurs cette obligation de vendre les produits en caisse qui explique qu’aujourd’hui, les principaux clients des agences sont des restaurants et que l’offre pour les particuliers est si peu développée.

Le modèle de perception des revenus

Présentement, les transactions impliquant des produits d’importation privée se font en deux temps. D’abord, la SAQ collecte le prix des bouteilles directement auprès du client et ensuite, l’agence envoie une facture au client avec les différents frais, tels que les taxes de vente ainsi que sa commission sur les produits vendus.

Ces transactions effectuées en deux temps minent, à notre avis, l’expérience d’achat et a un impact également le sentiment de confiance du consommateur, qui doit faire le rapprochement entre le prix proposé, et les montants exigés. De plus, le consommateur ne peut profiter d’un ‘’guichet unique’’ et doit composer avec deux différents intervenants pour une seule et même transaction.

Les options de livraison limitées

Ce type de transaction requiert que le client aille lui-même récupérer ses produits en succursale, et présentement, un nombre limité de succursales acceptent les commandes privées à ce jour, ce ne sont pas toutes les succursales qui permettent la réception de commandes privées. Notre expérience en tant que client a également démontré qu’elles n’ont pas toutes le même volume de commande privé. Le niveau de service lors de situation d’exception (bris de produits, erreurs dans la commande ou autres) n’est donc pas uniforme.

Faible niveau de maturité technologique des principaux acteurs de l’industrie

Même si les différentes contraintes énoncées plus haut étaient immédiatement levées, il reste que les agences ne seraient pas toutes prêtes à emboîter le pas pour vendre leurs produits en ligne. En effet, comme plusieurs agences gèrent encore leurs stocks ainsi que leurs commandes manuellement, il serait risqué dans un tel contexte d’ajouter un canal de distribution additionnel.

On constate aussi que souvent propriétaires d’agence sont moins enclin à démarrer de telles initiatives, puisqu’ils appréhendent les coûts associés à de tels projets technologiques. La perception du risque d’échec des projets technologiques est souvent plus élevée que le risque réel. Il existe toutefois de nos jours des solutions simples, accessibles, et rapides à implanter et qui permettraient d’instaurer les bases nécessaires à l’exploitation d’une plateforme transactionnelle en ligne.

Conclusion

Les particularités de la présente crise ont clairement démontré la nécessité de renouveler le modèle de distribution des vins et spiritueux au Québec. Toutefois, bien que l’allègement des contraintes imposées aux agences soit nécessaire pour permettre le développement d’une offre en ligne, cela ne saurait suffire. La modernisation des opérations des agences d’importation privée doit impérativement se faire au préalable.

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